L'histoire de Fleur

Le voilà, le rêve de ma vie ; je viens d’acheter la petite jument chocolat de 5 ans qui m’avait fait dire « Si un jour j’ai un cheval, ce sera un comme celui-là ». Je m’étais pourtant résolue à faire une croix sur cette passion dite trop coûteuse, trop contraignante, trop dangereuse… Et me voilà gardienne (propriétaire/responsable) de "Fleur  de Lys "née dans les prés de l’amour fou d’un étalon pour une jument. Aimant l’espace et la vie en plein air, affectueuse et indépendante, dynamique mais calme, ma petite jument est un rêve de cheval.

Le jour même ou j'en deviens la gardienne, la seule et unique chose que j’entends comme une litanie et qui semble préoccuper tout le monde à l’écurie est que cette jument n’est pas ferrée. C’est une anomalie, presque une tare…

Je regarde le maréchal enfoncer les clous et mon cœur se serre. On a beau me dire que cela ne fait pas mal au cheval, qu’elle ne sent rien, je ne peux m’empêcher d’imaginer ce morceau de métal froid, ce poids inerte sous ses pieds, ce quelque chose qui n’est pas son corps et qui vient se mettre entre elle et le sol, la coupant de ses sens …

Ce quelque chose qui ne va pas se confirme ; fleur trotte lourdement, elle semble malhabile « c’est normal, il faut qu’elle s’habitue…. » me dit-on !!!

Pour moi, c’est illogique; avant les fers, tout allait bien, après les fers, quelque chose ne va plus et c’est au cheval de s’y conformer, de se contraindre. Pourquoi, pourquoi, pourquoi ?

Je ne la reconnais pas, elle semble dépossédée de ce quelque chose qui fait qu’un cheval est un cheval, mais je ne sais pas dire quoi.

Quelques jours après, tout se précipite; Fleur est tellement mal dans ses fers qu’elle heurte la porte du rond de longe avec son postérieur ; l’arrière du fer s’accroche dans la grille qui casse, une tige de 1cm de diamètre s’enfonce dans les glaumes.

Lorsque le vétérinaire arrive, il me dit tout de go que j’ai 30mn pour décider de l’envoyer à Gand pour une opération va me coûter 3000 € sans garantie de réussite ; dans 24h, je serai fixée sur le sort de ma jument qui a 50% de chance de mourir entre-temps. Soyons d’accord, cette personne ne méritait pas son diplôme. Cela, je m’en rends compte, mais imaginez le choc; je suis terrassée.

Je ne sais pas ce qu’est un nerf naviculaire ; je passe donc la nuit sur le net pour savoir comment est fait le pied d’un cheval. Vers 2h du matin, je tombe sur le site www.achevalpiedsnus.free.fr qui explique pourquoi et comment un cheval peut vivre sans fers et être monté. Je le savais, je le sentais, je saute de joie car j’ai trouvé et je sais, en outre, que ma jument n’est pas gravement touchée ; le naviculaire est plus haut, pas dans les glaumes. En lisant de nombreux articles lors de cette nuit mémorable, j’apprends que de nombreux chevaux souffrent de pathologies de boiteries qui les menacent comme une épée de Damoclès…, je découvre les traitements coûteux qui attendent les propriétaires un jour ou l’autre, et qui ne résolvent rien… mais diable, comment se fait-il que cet animal ait pu traverser les millénaires à l’état naturel sans disparaître s’il est tellement handicapé au départ … ce handicap est lié à un mode de vie qu’on leur fait subir en toute bonne foi, en voulant bien faire et qui leur cause en réalité, de nombreuses souffrances.

Depuis lors, Fleur est pieds nus. Elle fait ses 10 heures de macadam par semaine en été et les hipposandales que j’ai achetés sont encore dans leurs boites.

Il m’a fallu résister aux railleries, subir une certaine solitude, faire mon chemin, pour finalement rencontrer des professionnels qui avaient cette approche. J’ai suivi deux stages pour particuliers qui m’ont permis de parer moi-même ma jument.

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Le pied de Fleur après un mois de parage

Il me semble essentiel de ne pas aborder seule le parage et ses implications, de m’entourer de professionnels sérieux qui peuvent m’assister et me rectifier ou bien de leur confier ce travail si important qui nécessite de réelles connaissances.

Malgré un certain recul, cette science encore jeune suscite beaucoup de questionnements et demande la plus grande prudence; enfin, elle ne doit surtout pas devenir un dogme, une sorte de mode érigée en vérité absolue. Si on déferre son cheval, il faut savoir pourquoi on le fait et ce que cela implique comme remises en question pour le cavalier propriétaire. Elle ne doit pas non plus être banalisée et discréditée à cause d’expériences malheureuses effectuées par des dilettantes.

Quant à moi, je suis assez fière d’avoir contribué à faire déferrer 14 chevaux dans ma région (qui depuis lors, n’ont plus jamais été ferrés) et d’avoir encouragé des connaissances à se pencher sur cette question tellement importante pour un cheval.

Depuis lors, l'idée du cheval sans fer a fait beaucoup de ruisseaux....

Sachez que la Police montée de Houston capitale du Texas et patrie des cow boys à déférrée ses chevaux. Toute la journée sur du macadam dur ne pose aucun problème. Attila et Gengis Khan n'ont ils pas traversés des milliers de kilomètres sur des chevaux pieds nus?